Qui n'ont point esté publiées,
Et qu'on a traduit ou tiré des Orriginaux des Voyageurs François, Efpagnols, Allemands, Portugais, Anglois, Hollandois, Perfans, Arabes & autres Orientaux, données au public par les foins de feu : M. Melchisedec THEVENOT.
Le tout enrichi de figures, de plantes non décrites, d'Animaux inconnus à l'Europe, & de Cartes Géographiques, qui n'ont point encore été publiées. Nouvelle edition, Augmentée de plufieurs Relation curieufes Flora Sinensis
Ov traité des fleurs, des fruits, des plantes et des animaux particuliers à la Chine Par le R.P.Michel BOT lefuifte
Les chinois appellent le poivre hucyao, il croit dans la Prouince d'Iunnan, & dans les Ifles dependantes de la Chine ; mais principalement dans l'Ifle de Iaua [ NDL : Java ], dans celle de Borneo, & dans les forefts de la cofte de Malabar, il rampe, & a fon ferment noueux comme celuy de la vigne : de chaque cofté de ces nœuds fott vne feuïlle d'vn vert obfcur par deffous, & fort verre de l'autre cofté : il pique quand on le met fur la langue : ceux qui le cultiuent croyent auoir remarqué quelque difference de fexe dans le poivre, & que celuy où les nerfs ou fibres des feuilles font egalement éloignées les vnes des autres, font les feuilles de la femelle ; que les feuilles du mafle au contraire ont ces nerfs ou fibres inefgalement difperfez : cependant il eft vray que fur vne mefme branche ou ferment de poivre, l'on voit de ces deux fortes de feuilles ; celuy qui croit dans les forefts eft different de l'autre que l'on cultiue dans les iardins, lors que l'on prend le foing de le fumer de fiante de bœuf ou de cendre que l'on met au pied, il croit auffi haut que l'arbre que l'on luy a donné pour le fouftenir.
La racine du poivre eft fort petite & n'entre pas bien auant en terre, cahque feuille pouffe vne grappe ; la plus forte grappe porte cinquante grains, & les moindres en ont trente, lors que le poivre eft vert il eft doux, & eft plain d'vn fuc fort femblable a du miel, les habitants le confifent tout vert auec du fel & du vinaigre, & en font leurs delices. Le poivre long fert de contrepoifon & guerit le mal des ueux ; le noir eft different du blanc par la feuille, qui a vn gouft plus délicat : les feuilles du poivre noir cuites dans l'huile font bonnes pour la colique, & pour toutes les autres defluctions froides de l'eftomac. Il y a toufiours des grappes vertes fur le poivrier, elles meuriffent aux mois de Decembre & de Ianuier [ Janvier ], & les ayant cueillis ils les tiennent au Soleil où elles noirciffent ; fi l'on le cueille auparauant qu'il foit meur, il ne fe garde pas fi long-temps fans fe corrompre, les grains des grappes du poivre font tout à fait femblables aux grains de genieure [genièvre]. Le poivre eft chaud & prouoque l'vrine, il ayde à la digeftion, eft refolutif, il éclaicie la veuë, eft bon pour la morfure des beftes sauuages. Il ayde aux femmes à fe deliurer [ délivrer ] de leur fruit lors qu'il eft mort, & eftant meflé auec du miel, il guerit l'efquinancie, fi on le prend auec du miel : il arrefte la toux, meflé avec des feuilles de laurier : il guerit des trenchées, pris auec des raifins fecs, il purge doucement la pituite de tefte, & infufé dans du vinaigre, il guerit les apoftumes & les durerez de la rate.
[…]
KVEIPI, la CANELLE.
La canelle fe trouue dés les Prouices de Quam-tum, de Quam-fy, & de Tunquin, mais encore en plus grade quantité & meilleure dans l'Ifle de Ceilan ; nom que les Chinois luy ont dôné, à caufe du naufrage qu'y firent leurs vaiffeaux : La feuille de l'arbre qui porte la canelle a 3 nerfs ou fibres verres ; fes fleurs font blanches & ont vn peu d'odeur. Son fruift & fon noyau reffemble affez à celuy de l'oliue : lors su'il noircit il leur marque le temps de leuer l'efcorce de la canelle : Le fruit eft plein d'vne liqueur graffe ou onctueufe, fent le laurier, picque la langue, & eft amer : l'arbre porte deux efcorces, la feconde efcorce eft celle que nous appellons canelle, naturellement elle grife ; mais lors qu'on l'a oftéé de l'arbre & qu'on l'a fechée au Soleil, elle prend cette couleur rouffaffre que nous luy voyons ; trois ans apres ; il vient vne nouuelle efcorce en la place de celle qu'on a oftéee ; autrefois les Chinois [illisible, peut-etre : chargeoient] la canelle de l'Ifle de Ceilan & la portoient à Ormus, d'autres Marchands la receuoient là, & la portoient en Alep & en grece : on croyoit en ce temps-là qu'elle venoir d'egypte ou d'Ethiopie où elle ne croit point : on voyoit quelquefois dans le Golphe de Perfe quatre cent Vaiffeaux Chinois chargés d'or, de foyries, de pierres precieufes, de mufc, de porcelaines, de cuiure, d'alun, de noix de mufcades, de cloud de girofle, & principalement de canelle : les Marchands auoient donné à cette efcorce le nom de Cin-a-momum, car ces deux mots fignifient bois de la Chine, doux & qui fent bon ; à peine conferue-t-il fa verru vn an durant, la racine de l'arbre eft fans gouft, fent le canfre ; on diftile de l'eau de l'efcorce pendant qu'elle eft verte & des fleurs [illisible], mais elle n'eft pas fi aromatique ; elle guerit la colique & les ventofirés, prouoque l'vrine, fortifie le cœur, le foye, la ratte, les nerfs, le cerueau, & fert mefme contre les morfures & le poifon des ferpens, excite l'appetit, preferue du [illisible] mal ; de fon fraict ils font vn vnguent pour les fluctions froides, lors qu'on le bruffe, il rend vne odeur fort agreable : la poudre de canelle beue auec de l'eau guerit les morfures [illisible], efteint les inflammations internes des reins, & eftant employée avec des [illisible] molliffent, elle ofte les taches du vifage.
[…]
SEM-KIAM, le GINGEMBRE.
Les feuilles du Gingembre reffemble,t à vne plante que les arboriftes appellent Litofpermon, ou à vne efpece d'Afphodelle nommée Haftula Regia, ou pour les comparer à vne chose plus cõnuë, elle reffemble affez aux rofeaux les plus communs, il s'en trouue par toutes les Indes, & dans l'Amérique, mais le meilleur vient en la Chine : on eftime dauantage ceui qui eft vert toute l'année, fa racine fe conferue plus lõgtemps fi on la cueille au mois de Decembre & de Ianuier [ Janvier ], a fi on la couure [ couvre ] de terre detrempés ; car cet enduit empêche que fon humidité ne s'euapore, outre que fi on n'y apporte cette diligence fes pores fe rempliffent de vers : Ils eftiment pas celle qui eft amere, & qui a beaucoup de feuilles, ils s'en feruent dans leur medecine, & quand ils veulent faire fuer leurs malades, ils leur donnent vne decoction fort chaude de cette racine : ils croyent mefme que de la porter fur foy c'eft vn remede côtre la goutte, & que ceux qui en ont pris le matin à jeun, ne peuuent point eftre empoifonnez ce jour-là. Ils en font comunément de la conferue, qui eft vn remede eprouué contre les fluxions froides du ventricule.