Commentaires royaux
sur le Pérou des incas

Qui traitent de l'origine des Incas, anciens rois du Pérou, de leur idolatrie, de leurs lois et de leur gouvernement en temps de paix et de guerre, de leur vie et de leurs conquêtes, et de tout ce que fut cet empire et cet Etat avant que les Espagnols ne l'aient conquis.
Ecrit par l'Inca Garcilaso de la Vega, natif du Cuzco et capitaine de Sa Majesté.
Dédiés à la Princesse Sérénissime Dona Catalina de Portugal, Duchesse de Bragance, etc.


Lisbonne, 1609

Inca Garcilaso de la Vega, métis de sang royal Inca et Espagnol est né à Cuzco capitale du Pérou en 1539 et y réside jusqu'en 1560. En 1609, première édition de son livre qu'il avait en grande partie rédigé sur place d'après sa propre expérience. Il meurt en Europe en 1617.

Livre Second

Chapitre XXV : De la connaissance qu'ils avaient des plantes médicinales

Ils savaient la secrète vertu de la gomme d'un certain arbre qu'ils appellent mulli, et les Espagnols molle [ le schinus molle, l'arbre qui donne les baies roses ]. Dont l'effet est merveilleux et presque surnaturel dans la guérison des plaies.
[…]
Ils se servaient à diverses fins de l'herbe ou de la plante que les Espagnols appellent tabac et les Indiens sairi, et qu'ils prisaient pour se décharger le cerveau. L'expérience a fait connaître en Espagne plusieurs autres vertus de cette plante, aussi l'a-t-on appelée l'herbe sainte. […]

Livre Huitième

Où il est parlé […] des animaux apprivoisés et sauvages, des céréales, des légumes, des fruits et des oiseaux, […]

Chapitre X : Des légumes qui s'engendrent dans la terre

[…]
Il existe un autre fruit qui naît dans la terre, que les Indiens appellent inchic [ la cacahuète ] et les Espagnols mani (tous les noms que les Espagnols donnent aux fruits et légumes du Pérou sont du langage des îles de Barlovento, car ils les avaient déjà introduits dans leur langue, et c'est pourquoi nous les citons). L'inchic ressemble beaucoup par sa substance et son goût aux amandes ; si on le mange cru, il fait mal à la tête, mais grillé il est savoureux et sain ; avec du miel, on en fait un bon nougat. On extrait l'inchic une fort belle huile, utile dans plusieurs sortes de maladies.
[…]

Chapitre XI : Des fruits des arbres les plus remarquables

[…]
Un autre fruit, appelé chili [ le piment ], fut connu au Cuzco en 1557. Il est de fort bon goût ; les plantes qui le produisent sont basses et rampent sur le sol ; il a la partie supérieure granulée, comme l'arbouse, et la même grosseur ; toutefois il n'est pas rond mais un peu allongé en forme de cœur. […]


Chapitre XII : De l'arbre appelé mulli et du piment

Nous pouvons citer encore le fruit que produit l'arbre qu'ils appellent mulli [ schinus molle qui donne les baies roses ], qui croît spontanément dans la campagne ; ce fruit a l'aspect d'une grappe longue et étroite ; il est formé de petits grains ronds de la grosseur de la coriandre sèche ; les feuilles sont menues et toujours vertes. Le grain, une fois mûr, est dans sa partie superficielle doux et délicieux, mais au-dedans, il est très amer. Les indiens en font une boisson ; il le pressent lentement entre leurs mains, dans de l'eau chaude, jusqu'à ce qu'il ait donné toute sa douceur, sans aller jusqu'à la partie amère, autrement tout serait perdu. Ils passent cette décoction et la gardent trois ou quatre jours, jusqu'au moment où elle est à point. Elle est très agréable à boire, de fort bon goût, et excellente pour guérir l'incontinence d'urine, les points de coté, la gravelle et les maladies de la vessie ; mélangée à la boisson faite avec du maïs, elle la rend meilleure et plus délicate. Cette même eau bouillie jusqu'à s'épaissir se convertit en un miel fort agréable, et exposée au soleil avec je ne sais quels ingrédients qu'on ajoute, elle aigrit et se change en un excellent vinaigre. Nous avons dit en un autre endroit combien est propre à la guérison des blessures la résine du mulli. La décoction de ses feuilles est bonne pour s'en laver les jambes et le corps, faire disparaître la gale et guérir les plaies rebelles ; les bâtonnets faits avec les rameaux tendres sont excellents pour curer les dents. Je me souviens avoir vu la vallée du Cuzco ornée d'une innombrable quantité de ces arbres si utiles, mais quelques années plus tard je n'en vis presque aucun ; la cause en est qu'on en fait un très bon charbon pour les braseros : bien qu'il pétille beaucoup quand on l'allume, ensuite il ne s'éteint point qu'il ne soit réduit en cendre.

Nous pourrions placer au nombre des fruits, et considérer comme plat principal selon le goût des Indiens, le condiment qu'ils mettent dans tout ce qu'ils mangent, en sauce, bouilli ou rôti, et qu'ils appellent uchu [ le piment ], et les Espagnols piments des Indes, ou encore au Pérou axi, mot emprunté au langage des îles de Barlovento. Ceux de mon pays aiment tellement l'uchu qu'il faut qu'ils en usent toujours, quand même ils auraient à manger que des herbes crues. A cause du plaisir qu'il leur procure* en ce qu'ils mangent, ils l'interdisaient lors de leurs jeûnes rigoureux, pour que ceux-ci le soient davantage ; nous en avons parlé à un autre endroit. Il y a trois ou quatre sortes de piments : l'ordinaire est gros, un peu allongé et sans pointe ; on l'appelle rocot uchu, c'est à dire piment gros, pour en marquer la différence. Ils le mangent mûr ou vert, avant qu'il n'ait achevé de prendre sa couleur parfaite qui est rouge. Il y a des piments rouges et d 'autres violets, mais en Espagne je n'ai vu que les rouges. Certains ont à peu près la longueur qui se mesure entre l'index et le pouce écartés, et de la grosseur du petit doigt. Ils étaient plus estimés que les autres, aussi en usait-on dans la maison du roi et chez tous ses parents. La particularité de son nom m'est sortie de la mémoire ; les Indiens l'appellent uchu comme l'autre piment, mais je ne sait pas l'adjectif. Il y en a encore un qui est menu, et rond à peu près comme une cerise, avec une queue comme elle : les Indiens l'appellent chinchi uchu ; il est incomparablement plus piquant que les autres, et c'est le plus estimé aussi, parce qu'il pousse en faible quantité. Les insectes venimeux ont en horreur du piment et la plante qui le donne. J'ai entendu dire par un Espagnol venu au Mexique qu'il est très bon pour la vue : aussi celui-ci terminerait-il tous ses repas par deux piments grillés. En général, tous les Espagnols qui viennent des Indes en Espagne en mangent d'ordinaire, et l'aiment mieux que les autres épices des Indes orientales. Les Indiens l'estiment à tel point qu'ils le préfèrent à tous les fruits dont nous avons parlé.

*Ce sont des observations très justes qui ont trouvé depuis leurs explications physiologiques : l'absorption de piment libère des endorphines (sorte de morphine naturelle) qui procurent du plaisir mais l'on en devient vite 'accro' (cf la page sur le piment)

Livre Neuvième

Contenant […] Les choses que les Espagnols ont apportées au Pérou et qu'il n'avait pas avant eux. […]


Chapitre XXIX : Des légumes et des herbes, et de leur taille

Il n'y avait au Pérou aucun des légumes que l'on mange en Espagne, à savoir : laitues, scaroles, radis, choux, navets, ail, oignon, aubergines, épinards, bettes ; ni menthe, ni coriandre, ni persil , ni cardons des potagers ou des champs, ni asperges (il y avait du pourpier et du pouliot) ; il n'y avait pas non plus de visnage [ de vignes ] ni aucune des autres plantes utiles d'Espagne. Pour les graines, on ne trouvait pas de pois chiches, de fèves, de lentilles, d'anis, de moutarde ; il n'y avait ni carvi, ni sésame, ni riz, ni lavande, ni cumin, ni origan, ni nielle, ni avoine, ni pavots, ni trèfle, ni camomille des jardins ou des champs. Il y avait pas non plus de roses ni d'œillets de toute espèce comme en Espagne, ni de jasmin, ni de lys, ni d'églantiers.
De toutes ces fleurs et de ces plantes que nous avons nommées, et d'autres dont je ne me souviens pas, il y a maintenant une telle abondance que beaucoup d'entre elles sont devenues très nuisibles, tels que les navets, la moutarde, la menthe et la camomille ; elles ont envahi certaines vallées, en effet, au point qu'il est pas possible aux habitants de les empêcher de pousser, quelque peine qu'ils emploient à les déraciner ; elles ont prospéré de telle sorte qu'elles ont fait perdre leur ancien nom aux vallées et imposé le leur : c'est ainsi qu'il ya a sur la côte la vallée de la menthe, dont le nom était autrefois Rucma, et il en est de même pour les autres. A la Ville des Rois, les premières scaroles et les premiers épinards qu'on sema devinrent si hauts qu'un homme pouvait difficilement atteindre avec la main leur extrémité, et si touffus qu'un cheval ne pouvait passer à travers. La monstruosité - pour ce qui est de la grosseur et de la quantité - de certains légumes et certaines céréales fut incroyable au début. Dans de nombreux endroits le blé rendit trois cents fagègues et plus par fanègue semée.
[…]

Chapitre XXX : Du lin, des asperges, du visnage et de l'anis

[…]
C'est alors que l'on vit apparaître aussi au Cuzco l'anis, que l'on mettait dans le pain telle une chose de grand prix, comme si c'eût été le nectar ou l'ambroisie des poètes.
[…]







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Toil'd'épices : pour tout savoir sur les épices
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