L'école de salerne

Elle était une des grandes écoles de médecines du IX au XIII. Très en avance sur ses contemporaines, l'école de Salerne basait ses connaissances sur les textes des anciens (aussi grecs que arabes). Elle transmettait son savoir à tous grâce a des poèmes anonymes traitant aussi bien de l'hygiène que de l'alimentation. Ici sont présentés quelques poèmes sur les épices et condiments :

  • l'aneth
  • l'anis
  • la coriandre
  • le fenouil
  • le gingembre
  • la menthe
  • la moutarde
  • les oignons
  • le poivre
  • le safran
  • la sauge

  • L'ANETH

    L'aneth chasse vents de chez nous,
    Abaisse les tumeurs du ventre,
    Fait que plus en sort qu'il n'y entre ;
    J'entends des mauvoases humeurs
    Qui au ventre causoient tumeurs.



    L'ANIS

    L'anis est bon à l'estomac
    Avec un peu de cotignac ;
    Le premier pourtant peut suffire
    Il détourne aussi de la bile
    Le paroxisme vehement,
    Que frisson l'on nomme autrement.
    A qui n'a beaucoup de quoy frire.
    Le meilleur anis est le doux.



    LA CORIANDRE

    Pour bien digérer, il faut prendre
    De la graine de coriandre ;
    Elle est bonne aussi pour chasser
    Les vents, et pour faire pisser.



    LE FENOUIL

    Les effets du fenoüil sont quatre,
    Sans rien adjouster ny rabattre :
    Car il netoye l'estomac
    Mieux que ne fait pas le tabac ;
    Puis il fait la veüe subtile,
    Et rend à bien pisser habile.
    Il chasse aussi les vents du cû ;
    Reverence. Mais que veux-tu ?
    Ne sais pas bien qu'à l'Eschole
    On parle de tout sans bricole.



    LE GINGEMBRE

    L'usage fréquent du gingembre
    Ne nuis point au mois de Décembre
    Car il eschauffe, et maux anciens
    Il guerit mieux que Physiciens.
    Quand cause froide en est la faute.



    LA MENTHE

    Je dis que la mente est menteuse
    Si lente elle est, et paresseuse
    A tuer les vers dans le corps
    Et les chasser viste dehors.



    LA MOUTARDE

    Petit est le grain de moustarde ;
    Le feu saint Anthoine vous arde,
    Si jamais vous avez rien vû
    Qu'il soit plus mince et plus menu ;
    Il a toutefois grande force,
    Si que sans vous donner d'entorce
    Il tire les larmes des yeux ;
    Mais apres on n'en rit que mieux :
    Car la teste aussi bien il purge
    Que si l'on prenoit de l'espurge.



    LES OIGNONS

    Les Medecins ne sont d'accord
    Avec les oignons et la mort.
    Pour la mort, je le croy bien, passe,
    Mais des oignons, que je trepasse
    Si j'en devine le pourquoy.
    Si tu le scay donc, dis le moy.
    Preste-moy seulement l'oreille
    Et je l'emplirai de merveille.


    Le bon Galien dit que l'oignon
    Aux coleriques n'est pas bon ;
    Mais il croit mieux qu'une Heretique
    Qu'il aide fort au flegmatique.
    Asclepius dit que le vin
    A l'estomac n'est pas plus sain ;
    Et qu'il donne teint au visage
    Pareil à cil d'un jeune Page,
    Si qu'homme laid rend aussi beau
    Que l'est un un jeune jouvenceau.
    Si par hazard, le poil vous tombe
    Avant qu'estre mis dans la tombe,
    L'oignon pilé vous le rendra
    Ou l'Eschole menti aura.



    LE POIVRE

    Poivre noir est prompt à dissoudre
    Flegmes, comme un moulin à moudre
    Il haste la digestion.
    Le blanc à l'estomac est bon,
    Aux toux et douleurs est utile.



    LE SAFRAN

    Saffran qui porte un nom Arabe
    Fait que mieux on rit et se gabe.
    N'en prends par pourtant par excez,
    Car il causeroit ton decez ;
    Tout en riant t'en irois boire
    Du Styx infernal l'onde noire.
    Le saffran réjoüit le cœur,
    Et aux membres donne vigueur.



    LA SAUGE

    Pourquoi faut-il que l'homme meure,
    Puis qu'en son jardin à toute heure
    Il a de la sauge planté ?
    Dieu contre la mort n'a planté
    Aucune herbe dessus la terre
    Pour garder l'homme de la guerre,
    Et des lacs que mort a tendu
    A son chetif individu.
    Sauge pourtant les nerfs conforte,
    Rend la main qui tremble plus forte,
    A la fièvre donne congé
    Si j'ay bien le Latin changé.
    Sauge, lavande, et prime-vere
    Redonnent la santé premiere
    Aux malades du mal saint Pris,
    Quand avec cresson ils sont pris,
    Y joignant de la tanaisie
    Dont j'ay mangé par fantaisie.
    Sauge sauve de plusieurs maux ;
    Aussi s'accordent ces deux mots.











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